Marrakech en fauteuil roulant : l'obstacle n'est pas celui qu'on croit
Conseils pratiques
On imagine la médina comme un labyrinthe impraticable, et on renonce au voyage sur cette image. Elle est fausse. Marrakech est plate, ses ruelles sont plus larges que celles de la plupart des médinas marocaines, et la grande place se traverse sans difficulté. Les obstacles existent, mais ils ne sont pas là où on les attend.
L’image qui décourage est toujours la même : un labyrinthe de ruelles étroites, de marches et de foule, où un fauteuil n’aurait rien à faire. Beaucoup de gens renoncent à Marrakech sur cette représentation.
Elle est inexacte, et il vaut la peine de dire pourquoi.
Précision d’entrée : ce texte n’est pas un témoignage. Je ne me déplace pas en fauteuil. C’est un relevé, fait pour des lecteurs à qui la question se pose vraiment, et qui méritent mieux que le silence dans lequel le secteur laisse ce sujet.
L’obstacle n’est pas celui qu’on croit
Marrakech est plate. C’est le point de départ, et il change tout. Fès est bâtie à flanc de colline, avec des ruelles en pente et en escalier ; Marrakech s’étend sur une plaine, sans dénivelé notable. Ses ruelles sont par ailleurs, dans l’ensemble, plus larges que celles des autres médinas marocaines.
La grande place se traverse sans difficulté. Les artères principales du souk aussi : le revêtement est irrégulier par endroits, mais la largeur y est.
Autrement dit, la topographie, qui est l’obstacle majeur dans beaucoup de vieilles villes, n’est pas ici le problème. Ce qui bloque est ailleurs, et c’est plus prosaïque.
Ce qui bloque réellement
Le vrai mur, ce sont les seuils. Presque toutes les boutiques de la médina ont une marche à l’entrée, et l’intérieur est souvent trop étroit pour manœuvrer. On circule donc dans le souk sans pouvoir entrer dans ce qu’on y voit, ce qui est une limitation d’un genre particulier : le décor est accessible, le commerce ne l’est pas.
Viennent ensuite les scooters, qui se faufilent partout, vite et sans prévenir. C’est une nuisance pour tout le monde et un danger réel quand on ne peut pas s’écarter d’un pas ; circuler accompagné n’est pas une précaution excessive. Puis les trottoirs, qui ne sont pas abaissés aux traversées, ce qui rend la ville nouvelle paradoxalement plus contraignante que la médina sur certains axes.
Reste le réseau de bus, qu’il faut considérer comme inexistant : matériel ancien, sans plancher bas ni élévateur. Les déplacements se construisent donc autrement, ce qui est le vrai poste de dépense supplémentaire du séjour.
Ce qui est accessible, site par site
Se visitent en fauteuil : Jemaa el-Fna, la Koutoubia, le palais de la Bahia, le palais El Badi, les tombeaux Saadiens, les jardins de la Ménara et le jardin Majorelle.
Majorelle est le mieux équipé de la ville, avec un cheminement goudronné continu qui permet d’en faire le tour complet. Et l’information que personne ne relaie : l’entrée y est gratuite pour la personne en fauteuil et pour son accompagnateur.
La médersa Ben Youssef, en revanche, n’est pas accessible.
Une nuance à garder pour les palais : « accessible » y signifie le plus souvent que l’essentiel se visite, pas la totalité. Les seuils anciens et quelques ressauts subsistent, et il vaut mieux arriver en le sachant que le découvrir sur place.
Se loger et se déplacer
Deux adresses se positionnent explicitement sur ce public. Le Riad Tarzout, en pleine médina, accueille des personnes à mobilité réduite depuis 2007. Handioasis, à un quart d’heure ou vingt minutes de voiture au sud, sur la route de l’Ourika, a été conçu dès l’origine pour l’usage du fauteuil.
Dans les deux cas, le conseil vaut pour n’importe quelle adresse : confirmez directement les points qui vous concernent avant de réserver. Largeur de porte, rayon de giration dans la chambre, douche de plain-pied, et surtout présence ou non d’une marche à l’entrée de l’établissement, qui annule tout le reste.
Pour les déplacements, la société Handi Medic exploite un véhicule adapté et organise des séjours dans plusieurs villes marocaines. Pour le quotidien, un grand taxi avec un chauffeur habitué, retenu à la journée plutôt qu’à la course, reste la formule la plus souple.
Ce que ça donne au total
Un séjour possible, plus facile que sa réputation sur le terrain, plus compliqué qu’ailleurs sur la logistique. La médina se parcourt, les grands sites se visitent, et c’est le commerce de détail et le transport public qui restent fermés.
Ce n’est pas rien, et je ne vais pas prétendre que c’est équivalent. Mais entre « Marrakech est impraticable » et la réalité, il y a l’écart d’un voyage entier, et beaucoup de gens y renoncent sur la première proposition sans jamais avoir vu la seconde.